Elle est aussi permanente. Elle doit compter environ une nouvelle référence par jour. Dans une première période, elle ne définit pas de catégories. Celles-ci devraient s’organiser à mesure.
Nous tenterons de comprendre l’histoire récente de la sculpture (moderne et contemporaine). Dans ce parcours, nous joindrons aux références sculpturales la référence à d’autres domaines artistiques ainsi qu’une bibliographie critique. Nous aborderons ce sujet en termes de « figure de l’art » et de « figure de l’artiste ». Ce qui nous permettra de rester dans la taxinomie classique.
Nous ferons d’abord retour vers l’antique, la sculpture grecque, et nous arrêterons sur le Laocoon, et l’abord qu’en firent Winckelmann, Lessing, Hegel.
Ceci nous permettra d’aller vers la relecture qu’en fit, dans les années 40 à 70, le critique étatsunien Clement Greenberg, et sa postérité (Rosalind Krauss, Michael Fried) ; ainsi que de comprendre leur conception « pure » de l’Art, telle que selon eux Pollock, Serra, ou la sculpture minimale de Morris ou Judd l’expriment.
Puis nous proposerons de passer par l’origine déclarée de la pensée de Greenberg : le Kant de la troisième Critique (faculté de juger), pour voir que cette pensée philosophique sur l’art contient moins et plus que ce que la doctrine institutionnelle de l’Art pour l’Art lui fait dire.
Enfin, nous poserons la question de la sculpture au jour de la problématique proposée par Walter Benjamin, celle de la reproductibilité technique. Pour examiner, en regard de cette problématique, d’une part les propositions figuratives et symbolistes (Giacometti, Chillida) de l’art moderne, et d’autres part les expressions récentes de la sculpture par le biais de l’évolution technologique (net art).
Pour porter des jugements esthétiques dans une exposition, il faut être sûr de son goût. Être intimidé au musée, c’est y oser plutôt peu dire ce que l’on pense. Comment y rire? Les institutions muséales sont dépositaires d’une religion de l’art. Qui date. Hegel en parlait déjà. Considérer que « l’art » est dans l’exposition, c’est se situer dans un espace idéologique qui est bien vieux, et respecter cet ersatz de sacré.
Qui rigolait à l’Eglise?
C’est pas la fête le musée, attention.
Le Palais de Tokyo voudrait être la bordure entre religion de l’art et ludicité. La permission de rire s’y établit-elle sur la base de l’interdiction préalable? Considérons une exposition abominable comme « Cellar Door » : il y eut une cage de paintball, sincèrement dévolue aux visiteurs.
Ces derniers temps (depuis les années 1950), le sacré est mimé au Musée selon des modalités modernistes ; la confection de la pièce comme agencement des « composantes » du médium, pour un travail sur la forme. A l’époque de Pollock, c’était la surface et la peinture (selon le critique Clement Greenberg).
Soulages, pourquoi est-il un si grand peintre, selon l’histoire de l’art officielle? Parce qu’il est complétement axé sur le Noumène rendu sensible [1]. L’expression même du sacré selon les représentations irrationnalistes aux prémisses de la pensée moderniste.
Il y a quelques mois, sur France Culture, il était question d’un artiste faisant des films sur la base de boucles de temps, en vidéo. Sa démarche est moderniste en ceci : le temps est considéré comme matière plastique : constitué de morceaux, il fait l’objet d’un agencement modulé en variantes. Les boucles. Les critiques radiophoniques s’émerveillent.
Pour sortir du modernisme, il faut que ce type procédé ne soit pas subordonné à l’errance dans le cerveau du spectateur ou de l’artiste (ou des deux), mais placé au service de ce que cette errance oublie. Cependant, le modernisme est tellement loin de la situation concrète des gens qui ont un boulot normal qu’il est difficile d’inférer intuitivement sur ce qu’il oblitère. Car ceci n’est, précisément, pas inclus dans l’idéologie.
[1] Le Noumène désigne la « chose en soi » chez Kant, par opposition à l’expression subjective de la chose, sa représentation par le sujet, son apparence, la chose comme Phénomène. Pour Kant, le Noumène est déduit logiquement, comme substrat du Phénomène. Mais il ne peut être connu, il est absolument retiré de toute approche rationnelle. Dès le courant du XIXème siècle, la pensée néokantienne, dont le modernisme est une expression, va revenir sur ce retrait, considérer le Noumène comme pouvant être rendu sensible, notamment par l’art.