Si w s’établit sur la base d’une situation culturelle générale pour en proposer une compréhension, une refonte et une synthèse théâtraliste, alors c’est une démarche qui croise plusieurs fois d’autres pratiques. w se propose comme « boîte à outils », pourquoi ne pas ajouter, ou modifier des outils? C’est interdit? Par la loi?
Non sérieusement, w n’est pas un monolithe, c’est une résolution logique d’un problème poétique, je l’ai écrit déjà je crois (je crois que c’est sur le jour ji même). Il répond à la question : comment produire une synthèse dialectique de la dérégulation de tous les sens (Rimbaud), de la pulvérisation de l’homogénéité de la culture dite « poétique », et enfin de la constitution d’un projet pérenne et insider (par opposition à l’outsider Guy Debord et tous ses suiveurs). L’essentiel de w joue entre ces trois termes. Qui peuvent trouver plusieurs résolutions je pense (solution Julien Coupat, solution MBKacem…), mais w en est une. Dès lors ou bien le fond du sujet de w est la pruderie petite-bourgeoise du moi qui s’impose selon son intégrité subventionnée (je ne pense pas que ce soit la position de Joris et Jeanne qui savent être habiles avec l’institution, sans être foncièrement prudes), ou bien c’est effectivement une entreprise de production symbolique généreuse (plutôt que contagieuse, pour ne pas tomber dans l’écueil du libertarisme artiste à micro-portée et son idéalisme adolescent) et qui accepte, non le détournement, mais l’usage par un tiers.
Mu, ou autre, w, et autres, sont des productions nécessaires. Elles sont des solutions à une situation objective que beaucoup de poètes actuellement comprennent (pas tous, car il y a des lignes de sensibilité structurées, qui créent des priorités différentes). Ce que je reproche à w est de proposer à un problème de la modernité une résolution moderniste, et précisément pas moderne. Mais ce n’est pas un litige, il n’y a rien de grave dans ce reproche. Je pense même que quelqu’un devait le faire, si ce n’était J&J, ç’aurait été un ou une autre. Cela étant, il reste que Mu a mon sens croise le même type de questionnement : reformuler les acquis de la modernité poétique sans faire n’importe quoi (ni disparaître dans la dérégulation type René Daumal, ni être tué par la massivité positiviste et nihiliste du marché type Rimbaud-Debord, ni se confire dans une position mondaine type MBKacem).
A mon avis, w est déjà du passé s’il ne se propose pas comme interaction avec un monde irréductible au théâtre. w le dit en se servant de matériaux exogènes à la culture de Shakespeare and Co. C’est le constat d’une situation dans laquelle se trouve w qui en a rendu la genèse objectivement nécessaire. Ma position consiste à poser la question de la circulation de ces outils de manière non réduite ni à l’éminence des auteurs (terme oxymorique d’ailleurs avec la culture du degré -1 de Joris Lacoste, qui a totalement renoncé au sens du réel, donc à toute position d’auteur, pour ne s’occuper que du code et du signifiant. Ou alors il fait une chose et son contraire.) Non réduite au lieu d’expression natif (le théâtre). Et en phase avec l’évolution du mode d’échange, dont le logiciel libre, du fait de sa pérennité effective est un paradigme.
Après il ne s’agit pas d’être un idéaliste du web ni du web-lexique, je cite le logiciel libre pour sa réalité pratique pérenne, pas parce que c’est un syntagme à la mode.
Ce sujet vaut mieux que l’affirmation dogmatique de la propriété intellectuelle d’un autorat contradictoire, qui, à en juger par les positions « engagées » de Jeanne Revel, ne pourrait se soutenir sans prétention outrecuidante et une hystérie de contrôle. N’importe quel artiste conséquent actuellement comprend que l’enjeu est affirmatif (pas de dilution dans le « groupe en fusion ») et coopératif.
Ces considérations répondent à des enjeux esthétiques du présent pour peu que l’on accepte le legs culturel du romantisme (dont w est tributaire) sans se cloîtrer dans la nostalgie. Elles pointent vers la constitution d’une plate-forme hétéronome dont je reconnais le caractère naissant, tout en sachant, avec évidence, que si j’ai cette idée c’est qu’elle n’est pas moins nécessaire que w, ou Mu, soit dit en passant. Cette idée est un produit de l’époque.
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